Histoire de la voiture d’Yvon Gourvellec,
mon grand-père.
Monsieur Yvon Gourvellec était, en 1950, adjudant
de Garde Républicaine affecté à la caserne de La
Réole (quartier Billotte). Il vivait
avec sa famille dans un des logements de fonction de la caserne. A cette
époque, ma grand-mère était institutrice à
la caserne et c’était une des rares familles
à percevoir deux salaires, ce qui fait qu’ils ont eut toutes
les innovations ménagères un peu avant les
autres. Ils furent aussi les premiers de la caserne à acheter
une voiture. Comme ils avaient quatre enfants et deux parents ils choisirent
une 203 familiale
bleue, en Août 1952.
Photos de la voiture avec Yvon au volant et ma mère à
l'arrière
Simonne Gourvellec
(née Moinet), son épouse, a passé son permis de conduire
juste aprés Yvon avec un examinateur (à l'époque,
on passait son permis sur sa propre voitue). Yvon demanda alors
à ses supérieurs un examen pour le permis de conduire. Son
capitaine fit donc office d’examinateur. M. Gourvellec prit alors
le volant, fit trois tours de cour d'honneur et s’arrêta. Son examinateur
lui dit: « M. Gourvellec, vous avez votre
permis de conduire. » Mais le 5 à 10 minutes d’examen
et de cour d'honneur ne furent pas tellement suffisante pour
en faire un as du volant ! Aussi, il apprit sur le tas en conduisant
la 203.
Yvon et Simonne Gourvellec
La 203 flambant
neuve arriva donc à la caserne et ce fut la première voiture
résidant ici.
Un vif intérêt fut soulevé
chez les collègues et voisins : Certains se faisaient photographier
devant, d’autres montaient à la place du chauffeur
et ce fut la grande attraction. L’intérêt fut tel que
le capitaine interdit à Yvon de se garer dans la cour.
Il faut comprendre que, lui, n’avait pas encore de voiture !
Cette voiture commença sa vie garée
tantôt dans un garage à 1 Km de la caserne, tantôt
à La Réole même. A cette époque, elle n’avait
pas de sabots d’aile. Il furent ajoutés plus tard, puis changés
car usés (j'ai retrouvé les anciens dans la grange!) :
Puis la famille partit vivre à Bordeaux, dans l’école
maternelle du Pas-Saint-Georges (quartier st Pierre) car Simonne avait
obtenu le poste de directrice de l’école. Un garage fut loué
pour la voiture.
La 203 familiale
a, de mentionné sur sa carte grise, 6 places officielles. Mais,
souvent, la famille entière partait en vacance : Yvon, Simone, leurs
quatre enfants et les parents de Simonne (qui sont mes arrière-grands-parents).
Il y a quelques anecdotes cocasses
contées par ma mère, à l’époque très
jeune :
La première annecdote qu'a vécu
la famille avec la voiture et la suivante: Dès qu'ils ont eu la
voiture, ils décidèrent de partir en famille visiter Arcachon.
Le voyage se passa bien, mais arrivés dans le centre de la ville,
à un carrefour, un agent les fit stopper pour faire passer d'autres
voitures. Au bout d'un moment, il fit signe à mon grand-père
de passer et hélas la voiture cala. Après maintes tentatives
de redémarrages, l'agent se dirigea vers eux et à ce moment
la voiture repartie brusquement laissant l'agent pantois!
Mes aïeux
avaient pour habitude de partir en vacances en Bretagne ou en Charente
Maritime. Ils partaient à 8 dans la voiture avec toutes les bagages
sur la galerie (merci à Peugeot pour avoir choisi des suspensions
à lames : Elles n’ont pas bougé !). Il y avait de tout :
valises, provisions, affaires de plage, poules, pigeons, chat etc… A cette
époque, on amenait les animaux en voyage et il y avait encore des
restrictions : on les mangeait (sauf le chat!!).
Lors d’un de ces
voyages, mon grand-père arrive un peu vite au passage à niveau
de Chambon-Gare (Ouest de Surgères(Charente-Maritime)). Tout doucement,
du jaune et du blanc d’œuf se sont mis à couler sur le pare-brise
provocant de grands éclats de rire dans la voiture. En faite les
poules pondaient dans leur cage pendant le voyage aux chocs, c’était
l’omelette assurée ! Mais ça arriva aussi avec des pots de
cornichons, ramenés dans le coffre, infestant l'intérieur
de la voiture!
Un soir d’hiver,
dans la ville de Surgères, la famille roule bon train en 203.
Mais, dans un creux sous un pont à la sortie de la ville, s’étend
une grande flaque d’eau coupant la route. Yvon pense que ça passe,
mais les passagers ne sont pas du tout de cet avis. Tant pis, Yvon décide
d’essayer : Au fur et à mesure que la voiture avançait,
l’eau montait. Elle a calé bien sur au milieu de la flaque et n'a
jamais voulu redémarrer ! Tout le monde est alors descendu et Yvon
est partit en ville chercher de l’aide. Une demi-heure après, il est
revenu avec un habitant sur son tracteur, assez amusé par la situation.
Simonne, ma grand-mère,
partait souvent avec son père faire des courses ou rendre visite
à des amis. L'arrrière-grand-père n’avait pas le permit
mais donnait beaucoup de conseils de conduite à sa fille. En fait,
il trouvait qu'elle n'allait pas assez vite et critiquait les autres conducteurs.
Ma grand-mère, surnommée « fangio » par la
famille pour son allure, devait en plus ne pas tenir compte des conseils
de son père! C’est vrai qu’elle roulait vite quand même. Petit,
je suis souvent allé faire les courses avec elle par la voie rapide.
Le moteur de la 205 bleu tournait vraiment à fond !
Un autre jour,
dans les années 55, Yvon et Simonne roulaient en 203. Nous connaissons
bien les portières suicide, qui portent bien leur nom. Il y a deux
crans de fermeture, un pour verrouiller complètement la porte,
l’autre pour la laisser entre ouverte. Tout à coup, à vive
allure, la porte s’est ouverte: elle était mal fermée. Ma
grand-mère glissa alors vers la route, aspirée, et ce fut
mon grand-père qui la rattrapa de justesse. Une grosse frayeur !
Un après
midi, Simonne était allée rendre visite en 203 à
la Tante Camille. En garant la voiture le long de la maison, elle percuta
le volet en biais de la Tante assez fort pour plier l’aile avant droite.
Le volet, lui, a bien résisté : pas une égratignure
! Inutile de dire que le grand-père n’était pas très
content du résultat ! J’ai retrouvé 30 ans après l’enfoncement
de l’aile:
En attendant le
bac de l’île de Ré, sur l’embarcadère, il y avait beaucoup
de vent. Soudain, la porte avant droite s’ouvrit et alla taper contre la
porte arrière. J’ai identifié la trace au niveau du tirant
de porte qui a découpé la tôle du montant. Je ne sais
pas si je le réparerai, c’est un petit souvenir !
Durant l’été
2000, j’ai fouillé les papiers de mes grands-parents pour essayer
de trouver la carte grise. Par chance, j’ai retrouvé une facture
de révision de la voiture datant de 1966. C’est le garage Peugeot
situé au Bouscat (banlieue de bordeaux) qui existe peut-être
encore. Le moteur a été changé, réglé,
la boîte révisée et divers travaux sur l’embrayage
ont été fait.
La voiture ne
servit plus en 1970 et dormit au garage pendant 30 ans. Cette révision
a été facturée 1558,76 Francs, ce qui est considérable
pour l’époque. Pour moi c’est une chance énorme : Une révision
complète et un moteur presque neuf ! Une bonne
base de départ.
N° dans la série: 1445228.
En démontant le tableau de bord, j'ai
trouvé deux disques de stationnement:
Après avoir ouvert le capot, j'ai
trouvé un mot attaché à la masse de batterie:
Après plusieurs examens, j'ai constaté que cette vis était
la seule pièce manquante sur cette voiture, quelle chance!
Puis en ouvrant ce papier, j'ai vu ceci:
Les timbres coutaient 40 centimes pour une lettre!
Et ceci:
Sur la première image, c'est l'écriture de mon grand-père
et sur la dernière, celle de ma grand-mère.
Ce mot avait du être posé sur la table de la cuisine à
l'attention des enfants, puis récupéré par mon grand-père
qui, soucieux pour sa vieille 203, avait laissé un mot pour penser
à cette vis. C'est moi qui l'ai trouvé 26 ans après!
Quelques photos du marais Poitevin, prises à 200 mètres du
hangar de la voiture: